HISTOIRE DE LA CONQUETE DU PAYS MOSSI PAR LES FRANÇAIS
Dernière mise à jour : 17 juin 2022
Avant d’être fusillés par leurs tirailleurs révoltés, Voulet et Chanoine fusillèrent, le 14 juillet 1899, le lieutenant-colonel Arsène Klobb, envoyé pour les relever de leur commandement impitoyable, féroce, sauvage et despotique. Mais n’anticipons pas trop. Revenons en arrière. Voulet et Chanoine mirent trois mois à préparer minutieusement leur « Mission du Mossi ». Elle comprenait deux officiers : le lieutenant Voulet et le lieutenant Chanoine ; deux sous-officiers : les sergents Laury et Le Jariel, soit quatre Européens encadrant vingt-trois tirailleurs réguliers, dix spahis réguliers, cent quatre-vingts auxiliaires et deux cent treize combattants indigènes et deux cent cinquante porteurs. En gros donc, Voulet conduisait environ cinq cents hommes. Il était pourvu de trois mois de munitions et de vivres. En fait, pour l’essentiel, il devait vivre sur les pays à conquérir. Le 30 juillet 1896, la Mission s’ébranla des falaises de Bandiagara. Vite, elle se rendit compte que, même hors et loin de leurs Etats, le prestige du millénaire empire des Mossi était énorme. Mamadu Koulibaly, l’interprète, traduisait à Voulet ce que répétaient en larmoyant les Vieillards et les femmes du pays des Dogons :
« Ils s’en vont chercher querelle au Näba des Mossi, O pauvres jeunes guerriers !
Jamais ils ne reverront leurs villages, leurs villages ne les reverront jamais !
Aucun d’eux ne reviendra vivant. Ô pauvres cadavres ambulants ! »
4. LA VICTOIRE DE VOULET (1896-1897)
L’arrivée de Voulet au Mögo
Dès octobre 1895, des espions africains, a la solde des Français, avaient signalé au capitaine Destenave l’arrivée jusqu’à Koupéla de Ferguson qu’accompagnait une soixantaine de soldats noirs bien entrainés et bien armés, qui possédaient un canon : « Le grand fusil qui d’un coup, tue cent ». L’agent britannique en fait, peu après, s’était replié précipitamment vers la Côte de l’Or, son point de départ ; le Mög Näba lui ayant intimé l’ordre de quitter ses Etats, et sans délai. Frémissant d’impatience et anxieux de devancer à Ouagadougou la gent britannique ou germanique, Voulet désirait traverser rapidement le Yatenga. Mais il fut obligé d’y passer deux semaines à rétablir Näba Bully, allié et protégé des Français, que ses rivaux avaient battu et évincé.
La ville de Yako, contre laquelle Voulet nourrissait depuis l’affaire de 1895 une haine vengeresse, fut cassée, livrée à la fureur des flammes, et tous les nobles pris furent sommairement exécutés, le 27 août 1896. La route de Ouagadougou était désormais libre.
Le 31 août 1896, Voulet en force, campait aux abords de la capitale des Mossi, à une heure de chevauchée du palais impérial, au hameau de Napambümbu. Un message mi-militaire, mi-note diplomatique, à l’allure d’ultimatum, fut confié par Voulet pour Näba Wobgo, à un Gourounga de la colonne, un certain « Biram le Moaga », en réalité un esclave vendu par les Mossi, acheté et affranchi par les Français a Tombouctou. Le Mög Näba en courroux, lacéra-t-il l’emblème national de la République française ? Sur la grande place du marché, fit-il cravacher et fort copieusement le Gurunga intitulé, pour les besoins de la cause, représentant de l’envoyé de la République française ? Le rossa-t-il d’abondance ? Catégoriquement, Voulet affirme tout cela. Les Mossi rétorquent, quant a eux, que l’ex-esclave fort poliment éconduit a son arrivée aux abords du palais, avait dit, et en toute simplicité, que son actuel maitre, le Blanc, exigeait que le Mög Näba vienne le saluer, en sa qualité de résident de France, venu protéger les Mossi et les Gourounsi. Contre qui ? Il ne le précisait pas ! Ce qui est confirmé, certain et indiscutable, c’est que le 1er septembre 1896 au matin, ayant perdu l’espoir de rentrer sans combat a Ouagadougou, Voulet donnait l’ordre à sa troupe de marcher en avant.
[…]
Dès l’annonce de l’apparition des envahisseurs, Näba Wobgo avait en toute diligence, convoqué le Conseil impérial des ministres. Les échanges d’informations, suivis de discussions, mirent en évidence la division des ministres et des conseillers en deux groupes qui, sans s’affronter ni s’opposer, exposèrent leurs vues avec intelligence et patriotisme. Il y avait d’abord le groupe des personnalités qui se contentaient de rappeler :
« Un Blanc, tout seul, était d’abord venu chez nous. Il se disait fils d’un grand chef, qui veut notre amitié et notre bien. En un tour de main, nous étions prêts à régler son sort et son compte à cet albinos de malheur.
« Votre Majesté n’a pas voulu suivre nos avis. Maintenant, voila ce même Blanc, ou peut-être son frère, ou un de ses cousins qui est la, après avoir visité, connu et “écrit” notre pays, sa force et ses faiblesses. Il est là, avec une forte armée, pour nous commander et nous voler notre pays ».
Ce groupe dont le porte-parole s’était ainsi exprimé, qui se gardait de conclure clairement, laissait entendre tout bas et plus ou moins obscurément, qu’il convenait simplement de bien recevoir les intrus, de laisser agir le temps qui souvent, arrange tout. C’était l’opinion du groupe des modérés, partisans d’un compromis. Leur chef était le Wïd Näba, grand maitre de la cavalerie. Né vers 1816, il avait plus de 80 ans alors. Durant près de cinquante ans, il avait été le principal ministre. C’était sous sa présidence que Näba Kutu, Näba Sanem et Näba Wobgo avaient été élus, consacrés et intronisés. C’est sous sa présidence et sa direction que Näba Sigry successeur de Wobgo, allait être désigné par Voulet.
Ayant longtemps vécu, le Wïd Näba était une personnalité qui avait beaucoup entendu, et beaucoup vu. Rien ne pouvait en politique ni le surprendre, ni l’ébranler. En tout, il était modéré et partisan du juste milieu.
Puis parla le second carré des fidèles commensaux de l’empereur, guidé par le Kamsaog Näba, grand eunuque, ministre de la Sécurité intérieure; le Tanp-Soba, grand maitre des archers, ministre des Armées ; le Samand Näba, l’officier général qui, selon la tradition, durant les hostilités, juché sur son âne, doit marcher a la tête des colonnes, et en cas de défaite ou de déroute, ne doit jamais fuir et doit se faire tuer plutôt que de rapporter de mauvaises nouvelles à sa Majesté.
Ces trois personnalités déclarèrent, par la bouche de leur porte-parole : « Il faut résister ! Sa Majesté doit disparaitre dans son empire. Tous ses ministres et tous les nobles doivent organiser la résistance à outrance, jusqu’au dernier homme. Le Mögo a asservi beaucoup de Peuples. Jamais il n’a été vassal. Jamais il n’a été tributaire. Jamais il n’a été feudataire. Depuis toujours, il a été suzerain. Depuis toujours, il a commandé. Depuis toujours il est indépendant. Nous voulons l’indépendance ou la mort ! »
Ayant dit, le chef du trio se tut. Le Mög Näba devait conclure, c’est-à-dire, décider. Alors il leva la séance et il déclara très calmement : « Abada ! Né abada bila, Ed Kon sak yé ! »
Littéralement : « Jamais, au grand jamais, nous n’accepterons ».
Donc, était décrétée la résistance. Pour ne pas obérer l’économie fragile de la nation, surtout agricole, le Mögo n’entretenait guère de troupes permanentes, entouré qu’il était par ailleurs depuis des siècles, par des populations acéphales, anarchiques, ignorantes des organes et pouvoirs centralisés. En cas de besoin, un urgent appel était toujours lancé aux chefs des villages, des cantons et des royaumes confédérés. Tous ils répondaient, avec une grande célérité si l’enjeu était l’indépendance nationale. Cette tradition fut suivie. Payant leur tribut a la solidarité et à la fidélité, les premiers cavaliers convoqués de bon matin le 1er septembre 1896, répondant a l’appel, fiévreusement, étaient déjà venus. Rassemblés, harangués, ils étaient dirigés contre les envahisseurs.
Dans son rapport daté du 5 novembre 1896, le lieutenant Chanoine écrit : « Au milieu du plus grand enthousiasme, les guerriers se préparèrent au combat, excités par les femmes, et fouettés par cette idée qu’on allait piller les bagages des Blancs ».
Pour armes, ils disposaient de fusils a pierre, de flèches empoisonnées, de lances, de javelots, de gourdins, de casse-têtes, d’épées et beaucoup de petits couteaux, dangereux dans le corps a corps. En guise de tactique, ils avaient reçu les instructions suivantes : l’emportant en nombre, ils devaient sans nullement tenir compte de pertes, déferler avec la plus grande frénésie sur les envahisseurs, en rugissant terriblement, les harceler, les obliger à s’arrêter, à se concentrer, les encercler des deux ailes, les exterminer jusqu’au dernier, et faire main basse sur leurs armes qu’après la Victoire, on comptait exposer à l’admiration du bon peuple de Ouagadougou avant de s’en servir pour équiper la garde royale.
Voulet, Chanoine et leurs tirailleurs cependant avançaient en se déployant, pour éviter d’être ceinturés par les vagues successives des cavaliers mossi, ou en se resserrant et en se formant en carrés, pour répandre de loin la mort et, plus encore que la mort, l’effroi et l‘épouvante par leurs armes aux feux de salves insolites, inédites. Les troupes impériales, en raison même des conditions de précipitation et de surprise dans lesquelles elles avaient été réunies, avec une stratégie floue, et un plan tactique de bataille qui ne prévoyait pas toutes les possibilités que pouvaient imposer les événements, après deux heures de continuelles et dures attaques, étaient décimées, fauchées, désorganisées, désorientées et découragées.
Le choc décisif avait eu lieu dans un terrain vague au nord-Ouest de la capitale, dans l’actuel quartier Dapoya. Le Samand Näba qui devait mourir sur son bourricot a la tête de ses troupes, n’avait même pas été aperçu sur le champ de bataille. Le Tanp-Soba qui avait juré de vaincre ou de mourir, au moment précis de l’action, en pleine bataille, avait disparu. Ses détracteurs prétendirent même qu’avec ses acolytes, il avait tourné casaque et, au mépris de leur jactance, sans s’en rendre compte, avaient chevauché, atteint et dépassé, qui leurs maisons de Ouagadougou, qui leurs maisons de banlieue, qui leurs villages avoisinants. Environ deux mille cavaliers avaient directement pris part à l’action qui, tous, furent dispersés dans ce combat inégal, par les armes modernes de Voulet, désormais maitre de Ouagadougou et installé dans la résidence même de Näba Wobgo qui quelques heures auparavant, mettant à profit l’abondance des futaies, le silence des ténèbres, la respectueuse complicité de son peuple, à cheval suivi d’une suite réduite de compagnons, des fidèles à tout risquer, avait disparu, évaporé et dilué dans la brousse pour organiser la résistance nationale à outrance.
Il va sans dire que partout dans le pays, son autorité demeurait intacte et indiscutée. La présence des quatre envahisseurs, quatre jeunes Blancs, tous gringalets, secondés par leurs mercenaires noirs, des Africains sans feu ni lieu, un ramassis d’apatrides racolés dans les colonies du Sénégal et du Soudan français, tous des Noirs qui n’avaient jamais subjugué les Mossi, et même d’anciens esclaves riverains de la Volta, avait ranimé chez tous les libres et chez tous les nobles, un patriotisme vacillant et une xénophobie latente.
Voulet, dans sa lettre du 5 novembre 1896 au colonel de Trentinian, gouverneur du Soudan français, reconnaissait :
« Au Mossi, nos ennemis naturels sont encore tous les Korsiguis eunuques, tous les familiers, toute la multitude enfin des parasites qui constituent l’entourage des nabas et qui ont tout à perdre à un changement quelconque.
« Quant a la masse des populations, elle est parfaitement en main, et si le pouvoir central (je veux parler de l’autorité du Näba de Wagadougou relativement aux nabas des vassaux) est peu puissant, chaque naba au contraire, en ses propres Etats, est parfaitement obéi. Il n’est pas un chef qui ose nous recevoir si son naba le lui a défendu. Celui qui se permettrait une semblable liberté, nous a-t-on dit encore, aurait [a tête coupée dès que nous aurions le dos tourné.
« Comme conclusion, il convient de dire que nous ne serons acceptés au Mossi que le jour où nous y ferons œuvre d’établissement définitif et seulement alors. Hors de là, il n’y a rien à faire à ce point de vue. Cet établissement devra s’effectuer dans un avenir aussi proche que possible ».
Voulet l’emporte
Donc, maitre d’un empire sans empereur, conquérant d'un pays désemparé, Voulet dut essayer, par des intermédiaires officiels et officieux, par écrit et oralement, et de nuit et de jour, de renouer le contact avec l’illustre fugitif, protestant de sa très bonne volonté, de la pureté de ses très amicales et très pacifiques intentions, mettant au compte des malentendus inévitables et des incompréhensions regrettables, le cour des événements récents, vantant et soulignant les avantages qu’à profusion le Grand Näba pouvait et devait espérer, en acceptant de collaborer avec la France.
Paix, richesse et tranquillité, voila le prix de l’amitié avec la France. Alors donc, comment et pourquoi hésiter, refuser même ? Et Voulet insistait, car il ignorait la complainte du minerai.
« C’est vrai, Comme la matrice, La force modèle !
Mais l’enclume martèle !
La gangue peut-elle admirer la braise qui la consume et la flamme qui la façonne ?
Non !
Parce que le bien imposé, comme le mal imposé est une souffrance, et une insulte ! »
Retiré aux villages de Ponsomtenga, puis de Bassawarga entre Ouagadougou et Léo, le 6 septembre 1896, une semaine après l’entrée de Voulet à Ouagadougou, ayant réuni assez de troupes, Wobgo donnait au Tanp-Soba l’ordre d’attaquer et d’écraser les envahisseurs. Il avait reçu de Mallam Manu Buba, un grand homme d’affaires haussa, une précieuse information : Voulet n’avait même pas un canon a sa disposition.
Un plan de bataille fut donc arrêté en conséquence : des masses de mille cavaliers devaient surgir à la fois, et au même moment du Nord, du Sud et de l’Est pour submerger les ennemis retranchés a l’Ouest.
Malheureusement pour Wobgo, cette vigoureuse attaque concentrique ne réussit guère a disperser les tirailleurs de Voulet formés en carrés, mobiles et imprenables. Ajoutons que les spahis du lieutenant Chanoine, au cours d’une sortie de reconnaissance, avaient capturé des prisonniers qui avaient parlé : le secret de l’attaque par surprise avait été éventé. Battue une seconde fois, l’armée impériale fut poursuivie sur près de huit kilomètres. Näba Wobgo, du village de Kounda où il attendait la nouvelle de la victoire, put néanmoins se sauver, traverser rapidement Kombissiri, prendre quelque repos dans la province du Ganzurgu, se précipiter à Koupéla, traverser le pays des Boussansi, et revenir à Nobéré pour préparer une troisième offensive. Ne s’y sentant pas en sécurité, mais étant irréductible et insaisissable, il s‘aboucha avec le capitaine Sir Donald Stewart, résident britannique à Kumasi. Il invoqua pour les besoins de la cause, le traité de commerce, d’amitié et aussi de protectorat conclu vingt-deux lunes auparavant par lui-même et le fidèle George Ekem Ferguson, envoyé spécial de sa grande sœur, la reine Victoria. Au même moment, l’infatigable Voulet, après un tour rapide a Sati, et dans quelques villages Gourounsi, en toute célérité, était allé se ravitailler en hommes, en munitions et en vivres à Ouahigouya où il était arrivé le 1er novembre 1896.
Ayant reçu des renforts venus de Bandiagara sous la conduite du Dr Henric, nommé médecin de la mission, il était de retour à Ouagadougou le 23 décembre 1896. Là, au spectacle du désordre grandissant (une fort vieille coutume en effet, désireuse de prouver la nécessité permanente et absolue de la royauté, stipulait qu’à chaque vacance royale, il fût permis aux voleurs de voler, aux maraudeurs de marauder, et sans rien risquer), Voulet, disons-nous donc, organisa une véritable chasse à l’homme pour combattre, vaincre et réinstaller de force sur son trône l’auguste souverain noir, qui tenait la campagne et qui, dans sa célérité à chevaucher, semblait posséder le don d’ubiquité.
Partout, Voulet lâcha des émissaires. Il fallait savoir où était l’empereur. Il voulait s’en emparer. Partout des suspects, des serfs, des hommes libres ou nobles, arrêtés, menacés, torturés et interrogés refusaient de donner des renseignements on se contentait de déclarer laconiquement : « J’ignore tout ». Enervé, hors de lui-même, Voulet qui se contrôlait de moins en moins, les faisait décapiter. Admirablement calmes, drapés du silence arrogant des vaincus supérieurs, beaucoup s’avançaient d’un pas résolu, s’allongeaient et tendaient le cou aux sabres des mercenaires. Ainsi, le souverain noir continuait à défier le conquérant blanc. Passant de la Violence a la diplomatie, Voulet tenta pour la dernière fois de négocier. Par l’intermédiaire d’un Haussa, à la solde des Français depuis longtemps, il fit tout pour essayer de séduire Wobgo, à qui quelques conseillers lucides et modérés, peut-être fatigués de pérégrinations, avaient osé dire :
« Majesté, écoutons cet envoyé !
Comblons-le de dons magnifiques, et de promesses plus mirifiques encore !
Gagnons du temps ! »
Mais les conseillers les plus enragés l’emportèrent. Wobgo, loin de se laisser circonvenir par le Haussa, refusa de recevoir le Noir, envoyé du Blanc. Bien plus, le Haussa, ambassadeur de Voulet, après avoir été sérieusement cravaché et réduit en servitude, fut vendu pour une somme misérable à dessein, sur la place publique du marché de Mané au sud-ouest de Kaya, par l’entourage de Wobgo. C’était l’affront final. Les ponts étaient définitivement rompus.
Immédiatement alors, changeant de tactique, Voulet lança de longues harangues rédigées en arabe, à toutes les personnalités, mettant en exergue la plus noire perfidie du Näba, dénonçant « son joug tyrannique », « son égoïsme féroce et son fol orgueil qui compromettent le véritable intérêt des populations ». Il concluait « qu’un frère du Näba vienne franchement à nous. Qu’il s’emploie à rétablir la paix et la tranquillité. Nous serons heureux de le voir prendre en main les destinées du pays ».
En quinze jours, Voulet parcourait quatre cent cinquante kilomètres, à la poursuite du Mög Näba. Machiavéliquement, il adressa un courrier au prince Massy, chef du canton de Doulougou et frère utérin du Grand Näba qu’on disait être son ennemi. Massy ne répondit pas. Voulet envoya une missive en arabe au chef du canton de Lallé, révolté depuis douze ans contre l’autorité centrale, avec l’espoir de s’en faire un allié qui pourrait au besoin remplacer Wobgo sur le trône. Cependant dans sa lettre, Voulet sans rien promettre d’avance disait :
«Nous avons, Cher Näba de Lallé, un ennemi commun : le Näba Boukary Koutou de Ouagadougou. Devenons donc amis ».
Après avoir répondu qu’il souhaitait vivre en paix, le Näba de Lallé fit évacuer son village et disparut lui aussi dans la nature. Näba Wobgo de son côté, fit publier dans tout le pays :
« Nous l’avons dit, les Blancs, comme les oiseaux migrateurs, traversent l’Afrique. Laissez-les passer. Mettez-vous en sûreté. C’est un orage qui passe ».
Et Chanoine d’écrire :
« La consigne fut faite et le silence. Partout, les prisonniers tinrent ce langage d’une irréfutable logique :
--- Epargnez-nous : nous sommes les hommes de la terre
On sait que les Blancs ne font pas de mal aux pauvres gens ;
ils ne s’attaquent qu’aux chefs ».
Pourquoi fuyez-vous donc ?
Ce sont les ordres des maitres.
--- Pourquoi leur obéissez-vous au lieu de vous soumettre, puisque vous savez que nous ne faisons pas de mal aux pauvres gens ; puisque tous vous répétez que vos nabas vous pillent et vous vendent comme captifs, pourquoi ne pas vous soumettre ?
« Les nabas pillent et vendent leurs sujets ; nous les haïssons, mais nous ne pouvons pas nous soumettre, car dès votre départ d’ici, dès votre rentrée dans votre pays, les villages soumis seraient brûlés et les habitants auraient la tête coupée ».
« Fuyez, faisait dire le Näba à ses vassaux, je n’ai pas voulu que les Blancs vinssent à Ouagadougou, et moi le plus fort des nabas, je n’ai pu résister »...
« Les gris-gris n’ont plus aucun pouvoir, je ne veux pas me soumettre aux Blancs, mais je ne puis résister. Vous ne pouvez pas résister non plus. Le salut est dans la fuite ».
Apprenant que Näba Wobgo était à Tenkodogo avec une mission anglaise, Voulet prit une décision risquée, audacieuse, mais bien dans la ligne de l’esprit offensif des militaires des fameuses colonnes soudanaises. Abandonnant personnellement la chasse à Wobgo, il se replia sur Ouagadougou et décida de jouer le tout pour le tout. Mi- menaçant et mi- caressant, câlinant et cajolant, il avait obtenu la soumission de plusieurs frères, cousins et même des fils de Näba Wobgo. Bientôt mieux encore, il frappa un coup de maitre : vers la mi-janvier 1897, il se rallia le Wïd Näba, principal ministre impérial et chef de la fraction des modérés. Etait-ce le résultat des tractations et des gratifications nocturnes ?
« Wïd Näba, le Premier ministre de Boukary Koutou, écrit Voulet, est avec nous. C’est un homme vénérable. Il est considérable par l’influence qu’il exerce, par son expérience, son autorité, sa grande connaissance des affaires qu’il a dirigées ou dont il a été l’inspirateur sous le règne des trois derniers Näbas... La partie est gagnée ».
Effectivement, quarante-huit heures après le ralliement du Wïd Näba, le Tanp-Soba, chef des ultranationalistes qui lui aussi, n’avait pas suivi son souverain, se déclarait pour la France. Les Grands Electeurs étant acquis, il ne restait qu’à trouver l’éligible. Voulet se fit renseigner minutieusement sur la loi coutumière relative aux vacances royales et, de sa propre autorité publique, annonça la déchéance de Näba Wobgo. Aussitôt, il alla rendre visite au prince Massy, septième fils de Näba Koutou, frère utérin et grand rival de l’empereur fugitif. Tout de go et piaffant d’impatience, il lui proposa le trône, lui demandant seulement d’accepter la suzeraineté de la France. Le prince impérial se gardant de se montrer négatif, répondit qu’il avait des « ennuis de santé » et que de toute façon, tout en acceptant, il sollicitait un certain temps pour se prononcer publiquement. Et Voulet d’acquiescer.
Mais dès le départ du Blanc, le prince se sentit très mal. Il avait chaud et il avait froid. Il se coucha. Peu de temps après, il était mort. Un des propres fils de Näba Wobgo et un certain Poussougo, chef des gardes tous deux secrètement acquis à Voulet, au même moment, se sentirent fort mal. Ils avaient froid et ils avaient chaud. Ils se couchèrent. Peu de temps après, tous deux étaient morts. Plusieurs membres africains de la mission peu après, se sentirent vraiment mal. Ils se couchèrent et ce fut naturellement pour ne plus jamais se relever.
Au spectacle de tous ces empoisonnements foudroyants, Voulet écrivait au colonel de Trentinian :
«Cet homme est très dangereux... Le nouveau Näba prend la plus grande précaution a ce sujet. Il y a tout lieu d’espérer que dans un avenir peu éloigné, Boukary Koutou ne pourra même plus se livrer à ses tentatives criminelles... »
Que sont les poisons, causes de tant de ravages? Comment les obtient-on ? De tout temps, les Africains ont su apprêter par des procédés techniques et magiques, les poisons nécessaires à la guerre, a la chasse ou à la sournoise élimination des ennemis privés.
[…]
Mais revenons à Voulet : après la mort de Poussougo, il se fit conduire un autre frère, le treizième et dernier fils du Näba Kutu, le prince Kouka alias Mamadou qui jusqu’alors, par prudence et par habileté politique, et dans une sorte d’auto-exil, plus ou moins accepté et plus ou moins imposé, s’était contenté de vivre sans titre effectif, sans commandement officiel et sans trop faire parler de lui, dans l’insignifiant petit hameau de Badnogo où, disait-il, il souhaitait mourir dans l’ombre.
A Kouka Mamadou, Voulet fit les mêmes propositions qu’à Massy. En tremblant, et on le comprend, il accepta tout, et le 20 janvier 1897, consentit a tous les articles d’un traité de paix et d’amitié en plaçant « en témoignage de sa reconnaissance, sous le protectorat exclusif et sous la souveraineté absolue de la France, le Mossi et tous les territoires qui en dépendent légitimement ». Il adopta comme prénom royal et nom de guerre celui de Näba Sigry.
Le 27 janvier 1897, il était solennellement intronisé. Ayant proclamé officiellement l’avènement de son protégé investi selon les rites séculaires, Voulet qui n’était pas homme à tergiverser, ne tarda pas à éliminer impitoyablement par des exécutions sommaires et intimidantes, non seulement les bandits et les trublions qu’affectait gravement la renaissance de l’ordre, mais aussi de très nombreux Haussa, grands manieurs d’affaires de l’époque, sous le prétexte qu’ils étaient aussi des pillards, mais en réalité parce que ces grands marchands étaient les espions de Näba Wobgo, dont le retour au trône n’était pas une impossibilité. Les affairistes, dans ces conditions, n’avaient-ils donc pas intérêt à tout prévoir, et à envisager toutes les possibilités, pour sauvegarder leurs richesses ? Voulet les fit fusiller, décoller, exposer et jeter aux animaux sauvages. A Voulet qui l’avait interrogé, le Wïd Näba avait répondu :
« Pour que le calme revienne complètement et rapidement, il est maintenant une nécessité politique : il te faut prendre vivant et tuer devant tout le monde le chef de canton de Lallé, symbole de l’opposition et de la rébellion victorieuse au pouvoir central. Ni Näba Sänem, ni Näba Wobgo n’ont pu réduire ce malappris depuis douze ans. Il faut que ce rebelle meure, et qu’il meure sans prestige. Alors, tous verront ou sauront que ton bras est invincible ».
L’affaire est donc rondement menée. Voulet désigne une colonne composée de quarante-cinq fantassins et de vingt-cinq spahis, tous aguerris, tous entrainés, exercés et habitués à vaincre. La direction des opérations est confiée au Sergent Sibiry Diallo, sous-officier soudanais que Voulet connait bien et qui jouit de toute sa confiance et de toute son estime. La colonne quitte Ouagadougou quatre jours après l’intronisation de Näba Sigry.
Vingt-quatre heures plus tard, 1e fameux rebelle depuis douze ans a vécu, car ce Näba Lallé, qu’à un moment donné Voulet avait voulu nommer empereur, cerné de près, surpris, n’eut hélas pas le temps de se suicider, et ainsi de mourir noblement. Capturé, ceinturé, enchainé, dénudé, cravaché, trainé, juché à poil sur la plus efflanquée des haridelles de tout le pays, avant de comprendre l’étendue de ses malheurs, il était dès son arrivée dans la capitale, en plein jour, fusillé et jeté sans cérémonie dans un fossé, tel un chien enragé, publiquement devant toute la population atterrée, réjouie et interdite de fascination : l’opinion publique dans la capitale était frappée. La cote politique de Voulet montait en flèche. Le rebelle était mort, mort vite et mort sans prestige.
Sur ces entrefaites, l’indomptable Näba Wobgo, à la lisière du pays mossi et du nord de la Côte de l’Or, continuait à intriguer. Il négociait avec les Britanniques. Pour couper court à ses manœuvres, Voulet, le 1er février 1897, quitta brusquement Ouagadougou confié à la garde d’une garnison de quatre-vingts fusils commandés par les sergents Laury et Le Jariel. Accompagné du lieutenant Chanoine, du Dr Henrig de 180 fusils et de 200 cavaliers que lui donna Näba Sigry, il se porta le 7 février 1897 à Tenkodogo, où deux problèmes urgents sollicitaient son attention : d’abord la présence d’une mission britannique forte de cent beaux tirailleurs, commandée par le capitaine Sir Donald Stewart, qui disposait d’une mitrailleuse Maxim Nordenfelt ; ensuite la guerre civile qui continuait à déchirer la contrée.
Sir Donald mit toute sa coquetterie à accueillir avec courtoisie, luxe, abondance et confort les représentants de la France, plutôt démunis.
Dès le 8 février 1897, débutent les négociations. Le lendemain 9 février, un compromis sous forme d’entente provisoire est scellé :
--- la mission britannique retournera au pays des Mampoursi, a cent vingts kilomètres au sud de Tenkodogo ;
--- la mission française se retirera au-delà de la frontières de Tenkodogo ;
--- la question de savoir si le royaume de Tenkodogo dépend du Mossi ou forme un pays indépendant sera réglée ultérieurement, conformément aux instructions qui pourraient émaner des gouvernements respectifs de Paris et de Londres ;
--- Français et Britanniques, afin de sauvegarder la dignité de leurs nations respectives, quitteront Tenkodogo le même jour, à la même heure.
Pour entretenir l’atmosphère euphorique ambiante, créée par la courtoisie et l’aisance aristocratique de Sir Donald, et par le charme et l’énergie de Voulet qui ne s’adressait à « Sir Donald Stewart, capitaine et résident britannique à Kumasi » qu’avec ses appellations de « Paul Voulet, Chevalier de la Légion d’honneur, résident de France au Mossi et au Gourounsi », un très beau cheval du Mögo, tout harnaché est offert au Britannique qui par manque de coursier voyageait en hamac.
Après force cérémonies de part et d’autres, Français et Britanniques s’en allèrent de Tenkodogo. Mais avant de partir, les Britanniques devant le roi, sa cour et tous les indigènes de Tenkodogo ébahis, firent des démonstrations avec leur «grand fusil », la mitrailleuse Maxim Nordenfelt. Sir Donald donnait une idée de la puissance de son pays. Et Voulet fit défiler, impeccablement, ses tirailleurs, ses spahis et ses nombreux cavaliers Mossi. Puis on se sépara. Mais en réalité, l’avantage restait aux Français qui revinrent et restèrent à Tenkodogo et sans cérémonies après la convention du 14 juin 1898 dont l’article 1 précisait :
« La frontière séparant la colonie britannique de la Côte d’Or, des colonies françaises, de la Côte d’Ivoire et du Soudan.... (après le village de Sapeliga) suivra la limite septentrionale du terrain appartenant à Sapeliga jusqu’à la riviére Nouhau (Nuhau) et se dirigera ensuite par le thalweg de cette rivière en remontant ou en descendant, suivant le cas, jusqu’à un point situé à 3219 mètres (2 miles) a l’est du chemin allant de Gambaga à Tingourkou (Tenkrügu ou Tenkodogo), par Banku (Bawku). »
Ayant fini avec les Anglais, Voulet mit un point final à la guerre civile de Tenkodogo dont le Näba, depuis 1887, était dans une situation difficile.
Fuyant d’un village incendié a un village saccagé, Näba Karongo avait demandé l’assistance et le secours du Mög Näba Wobgo. Celui-ci lui avait dépêché des fantassins et des cavaliers qui avaient permis, çà et là, au cours de multiples engagements, des victoires sans lendemain. Puis, aux prises avec le chef de canton de Lallé dans son domaine même, l’empereur avait fini par utiliser obscurément un langage Clair pour faire comprendre a son « très Cher et très aimé parent que l’état des choses, hélas, étant hors de son contrôle, en tout état de cause, dans cette lutte entre membres de notre même famille, et non entre notre famille et I ’étranger, quant à lui, il est dans l’obligation de reconnaitre comme roi légitime de Tenkodogo le frère vainqueur de la compétition ».
Ne sachant plus à quel saint se vouer, le roi de Tenkodogo se demandait anxieusement où trouver des alliés susceptibles d’épouser efficacement sa juste querelle lorsque d’un coup, un véritable miracle se produisit. Voulet, soudain était arrivé de façon inattendue. Näba Karongo était prêt à accepter, même l’assistance du diable. D’emblée, il accepta l’amitié de Voulet. Il était tiré d’embarras. En effet, le sort du prétendant Lebgbundu, qui désolait sa patrie depuis 1887, fut réglé en quelques heures par un détachement militaire secrètement lancé contre lui dans la brousse de Zabindella. Lebgbundu, hélas, n’eut pas le temps de se suicider pour échapper à l’ignominie. Surpris avant l’aurore, saisie, dénudé, ceinturé, ligoté, copieusement cravaché, perché à poil sur la plus méchante de toutes les rosses du coin, il fut abandonné par ses partisans de Tenkodogo et par ses alliés de Koupéla et du Biongo. En fort triste état, il quitta ses sauvages rochers de Zabindella où après une cuisante défaite que lui avait infligée Näba Karongo, il s’était réfugié pour préparer sa revanche.
Il fit dans la capitale de Näba Zungrana une entrée piteuse qui combla d’aise, de soulagement, de satisfaction et de quiétude le roi et toute la population, perclus d’étonnement admiratif, à l’égard des Français. Le prince Lebgbundu, comme le Näba de Lallé, allait mourir, et mourir sans prestige. Car conduit à Ouagadougou en captivité, le malheureux prétendant disparut dans l’obscurité, en quittant une vie qu’il détestait désormais, exécuté par les soldats de Voulet, selon les uns et selon les autres, en se glissant dans le mollet une flèche violemment empoisonnée. De nobles maraudeurs qui purgeaient une peine de prison furent réquisitionnés et chargés d’emporter son corps et de le faire disparaitre quelque part en brousse, tel un animal pestiféré. Facilement on peut imaginer comment ces coupeurs de grands chemins - des aristocrates - transformés en fossoyeurs, s’acquittèrent de leur macabre besogne.
A Tenkodogo, l’éclat et le renom des armes françaises étaient à leur comble. Après Tenkodogo, Voulet alla aux villages de Lergo et de Garongo, pour visiter brièvement le Boussango. Il y imposa deux traités de protectorat aux chefs de ces deux localités. Puis il se porta vers l’est de Tenkodogo, avec la vitesse du diable parce qu’un espion, soudoyé par le Näba de Koupéla, lui avait appris l’arrivée prochaine d’une colonne de Noirs commandés par des Blancs, parvenue déjà au Gourma. Pensant avoir affaire à des Allemands venus du Togo, qui empiéteraient sur le domaine français, Voulet expédia immédiatement au chef blanc de cette colonne des protestations énergiques, rédigées en français, en anglais, en allemand et en arabe.
En fait, les forces dont la marche lui avait été signalée étaient celle du capitaine Baud venues du Dahomey. La rencontre de Voulet et de Baud le 16 février 1897 au village de Tibga, en plein pays Gourma, matérialisait la jonction des conquêtes françaises du Soudan français et du Dahomey. Sur toute la ligne, la mission confiée à Voulet par le colonel de Trentinian, gouverneur du Soudan français était accomplie : le protectorat sur le Yatenga était consolidé ; le protectorat sur les Mossi et les Gourounsi établi, l’unité du Soudan français et du Dahomey réalisée.
Rentré à Ouagadougou le 27 février 1897, Voulet y passa le commandement au chef de bataillon Destenave lui-même. En mars, il regagna alors Bandiagara, puis la France où il fit un séjour de quelques mois, au cours desquels il prononça des conférences, en particulier une très remarquée a l’Ecole coloniale, en présence de M. Lebon, ministre des Colonies et du capitaine Binger, gouverneur des colonies, alors directeur des Affaires d’Afrique au ministère des Colonies, le 7 juillet 1897 ; habilement, clairement, nettement, il mit en relief ses faits et gestes et ceux de ses compagnons, de son ami, le lieutenant Chanoine en particulier.
Voila ce que disait Voulet, devant les plus hautes autorités françaises. Tout cela était vrai. Le 26 novembre 1897, 1e conquérant des Mossi et des Gourounsi était promu capitaine. Toutes les associations patriotiques réclamaient sa présence, ses interviews et ses conférences. On le portait aux nues, on l’exaltait sans retenue. Or quel était le prix de la victoire de Voulet ? D’ordinaire si précis, Voulet reste vague sur ce chapitre. Où est la vérité ?
Le coût de la victoire de Voulet
Homme énergique et intrépide, guerrier hardi et infatigable, Voulet était en 1891-1892, selon le lieutenant-colonel Péroz, « un jeune officier d’une bravoure et d’un entrain tout de suite remarqués, et d’une modestie un peu timide qui lui donnait un grand charme ».
Aux Africains et aux habitants de l’actuel Burkina Faso en particulier, qui se fossilisaient dans leurs traditions médiévales, il a plutôt laissé le souvenir indélébile de cruautés sans nom. Certes, en conviennent les Africains, la naissance et la mort ont lieu dans le sang, comme les conquêtes annonciatrices des transitions nécessaires et des mutations capitales. Néanmoins, il est hors de doute que l’apport des armées de Voulet a été trop sanglant. Partout, des « villages cassés », brisés et brûlés signalaient le passage de ce Blanc sanguinaire dont la politique se résumait par le désir de s’imposer aux Noirs et de s’ouvrir les portes de leurs Etats par le prestige de la terreur. (…)
Source : Salfo-Albert BALIMA, Légendes et histoires des peuples du Burkina Faso, 1996, J.A Conseil



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