La conquête du Mossi par les sanguinaires Voulet et Chanoine
1896: 1896: Le Lieutenant Voulet (surnommé entre temps par les ouagalais "Lieutenant Vanr-vanré" à cause de sa démarche) poursuit sa conquête du Mossi. Dans cette lettre datée du 5 novembre 1896, il fait le point de son parcours: les difficultés causées par les embuscades des rois mossis qui refusent de se rendre. La réplique du Moogho Naba à l'envoyé français est cinglante: "Ton chef, dis-tu, vient pour organiser le pays, mais je trouve que mon pays marche très bien et qu'il n'a nul besoin d'organisation. Tu me dis encore que ton chef me donnera de l'argent, de beaux cadeaux, etc...mais tout cela, je le possède, et je n'ai qu'à m'adresser à mes marchands pour obtenir tout ce qui me fait plaisir. Donc, va-t-en ! Estimes-toi heureux que je ne te fasse pas couper la tête ; mais n'y reviens plus."
⚫ «Wahigouya, le 5 novembre 1896
Le Lieutenant Voulet, Chargé de Mission
A
Monsieur le Colonel de Trentinian, Lieutenant gouverneur du Soudan français
- Kayes -
« [...]
Le 3 octobre, la mission a repris sa route vers le Nord, se dirigeant vers Lalé par le Kippirsi.
Dès le 6 octobre, à notre entrée dans le Kippirsi (province du Mossi), nous nous trouvons aux prises avec une hostilité non déguisée. Les villages sont évacués, les femmes et les enfants se sont réfugiés en des retraites sûres, les hommes sont en armes et postés dans la brousse. Les prisonniers, faits au cours de la route, tous pris les armes à la main se renferment dans un mutisme absolu. On sent qu'ils obéissent aux ordres de leurs chefs. Dès lors, nous trouvons tous les villages évacués sur notre route».
Le 9 octobre, un sofa du Naba de Lalé est fait prisonnier par les spahis. Ce sofa est remis en liberté et il lui est donné une lettre pour le Naba de Lalé, lettre destinée à engager ce dernier à s'entendre avec nous. Le Naba répond qu'il ne veut pas nous faire la guerre, mais à l'exemple des autres nabas, il fait évacuer ses villages. Une deuxième lettre lui est adressée pour lui faire connaître nos intentions pacifiques et essayer de le convaincre qu'il a tout intérêt, comme ennemi du naba de Wagadougou, à devenir notre ami. Pendant deux jours, nous attendons vainement sa venue à Lalé. L'entourage du Naba a triomphé de ses premières hésitations, et malgré tout, il n'ose pas plus que les autres se compromettre, en acceptant nos propositions de paix. Un marabout de Bocé, depuis quelque temps auprès de lui, n'a pas dû peu contribuer à dissuader ce Naba de devenir notre allié.
Le 15 octobre, la mission est de retour à Wagadougou qui depuis deux jours, est évacué. Le Naba n'est pas revenu y habiter. Nous apprenons qu'il s'est réfugié à Bagaré, village habité par ses captifs: Ceux-ci, nous dit-on, ont résolu de défendre le Naba jusqu'à la mort.
Le 16, nous sommes à Bagaré, il n'y a pas de résistance sérieuse. Le Naba aurait quitté ce village le 14 au soir et s'est enfui dans la direction du Sud-Est.
Pour amener le Naba de Wagadougou à composition, il eût fallu le poursuivre sans relâche pendant une vingtaine de jours. Peut-être ainsi eût-il été possible d'obtenir que le Naba, par lassitude, traita avec nous. Mais la nécessité de nous réapprovisionner et aussi celle de renouer avec Bandiagara des relations sans doute interrompues depuis le 27 août ne nous permettent pas de tenter une telle opération. En conséquence, la marche se continue vers le Nord, dans la direction de Mâni.
Le 18 octobre, nous sommes en vue de Mâni, mais séparés du village par un marigot constituant un obstacle très sérieux (largeur 200 mètres, profondeur 1m30). La cavalerie et deux sections d'Infanterie (Lieutenant Chanoine) traversent rapidement et se portent sur Mäni. Au moment où le convoi et le troupeau sont engagés dans le marigot, nous sommes attaqués assez violemment. Mais deux Sections embusquées et laissées à l'arrière-garde (sergents Laury et Le Jariel) ont bientôt raison de l'ennemi qui se disperse.
Quelques prisonniers ouangarbés (marchands) que nous traitons avec certains égards, nous disent que le Naba, dont dépend Mâni, habite Silmidougou à quelques kilomètres. Il serait disposé à traiter mais il ne faudrait envoyer à Silmidougou qu'un blanc avec une escorte peu nombreuse. Sans ajouter une foi absolue à ces dires, mais dans le but de ne pas laisser échapper la plus petite chance de conciliation, Monsieur le Lieutenant Chanoine reçoit l'ordre de se rendre à Silmidougou avec cinquante hommes.
Le Lieutenant Chanoine quitte le bivouac à cinq heures du matin le 19. Dès Six heures, de nombreux feux de salve se font entendre. Une section (Sergent Laury) est envoyée au secours du Lieutenant Chanoine ; le bivouac est levé êt le reste de la mission marche sur Silmidougou. À notre arrivée, l'ennemi est en fuite.
A l'arrivée, dans une sorte de défilé donnant accès dans le cirque montagneux où Silmidougou est situé, le Lieutenant Chanoine avait dû repousser une attaque soudaine de la part d'une troupe nombreuse postée en ce point dès la veille. C'était un guet-apens.
Un des frères du Naba de Silmidougou fait prisonnier nous apprend que le Naba de Mâni et les marchands ont concerté l'attaque du 18 et le guet-apens du 19. Le Naba de Boussouma a donné des ordres à celui de Mâni et devait lui envoyer une colonne de secours qui n'est pas arrivée à temps utile.
Le Naba de Boussouma a une certaine réputation de force et, par l'étendue de son territoire, est un des plus importants du Mossi. Il ressort des déclarations des prisonniers que les habitants du pays sont convaincus que ce Naba peut défier toute attaque en raison des obstacles que présente le pays montagneux qu'il habite. Il ne nous parut pas possible de passer outre en un pays où toute hésitation, en présence d'une difficulté à surmonter, est immédiatement considérée comme un signe évident d' impuissance.
Le 21 octobre, la mission est à Boussouma après une marche fort pénible au travers d'un pays fort accidenté. Durant cette marche, nous sommes à plusieurs reprises, inquiétés par les cavaliers et les fantassins que le Naba de Boussouma a envoyés pour nous barrer la route.
Après un repos de deux jours à Boussouma, durant lesquels le Naba ne donne pas signe de vie, la marche est reprise dans la direction du Nord. Le 24, nous éprouvons quelque résistance à Sanemétinga, résidence d'un Naba important dépendant de celui de Boussouma. Ce Naba possède un certain nombre de fusils.
Le 27, nous sommes à Lariguima, frontière du Yatenga. Nous apprenons que le Naba de Guibou fait une propagande active contre nous et contre Bakaré.
Le 30 octobre, la mission entre à Guibou. Ce village et tous ceux traversés, sont évacués par leurs habitants. Ce jour-là, le frère aîné de chef de Guibou est tué et son cheval tombe en nos mains.
Le 1er novembre, la mission arrive à Wahigouya. Bakaré nous apprend que la plupart de nos courriers ne sont pas parvenus à Bandiagarä et que les bruits les plus pessimistes ont couru à notre sujet.
De tous les témoignages que nous avons pu recueillir, il ressort clairement que les ennemis de notre influence en ce pays y ont répandu, à dessein, la nouvelle de désastres imaginaires et ont fait le silence autour des succès obtenus. Ces bruits tendancieux sont le fait, au Yatenga, des nabas adversaires de Bakaré et, en tous lieux, des marchands qui voient avec peine notre pénétration, en des régions restées jusqu'alors en dehors de notre influence. Ces fausses nouvelles ont pour but immédiat de décourager nos partisans et de produire en même temps une agitation dangereuse parmi les populations turbulentes du pays des Samos et de la région de la Volta, où l'autorité de Ouidi est précaire et où les espérances qu'avaient fait naître la venue du marabout Amidou Kolado et la révolte des Habés ne sont peut-être pas encore éteintes.
Comme on l'a vu, nous n'avons négligé aucun effort pour arriver à Yako, comme à Wagadougou, à Lalé, à Mâni, enfin à Boussouma, à une entente pacifique avec les différents chefs. Nous n'avons jamais engagé les hostilités les premiers ; nous n'avons fait que repousser les attaques ou briser les résistances qui s'opposaient à notre marche en avant. D'ailleurs, l'expérience fournie par la mission Destenave, l'accueil hostile du Naba de Yako lors du passage de cette mission en juillet 1895 ; les circonstances à la suite desquelles nous dûmes alors rétrograder ; les trois tentatives faites à cette époque pour arriver à Wagadougou ; enfin l'échec successif des missions Binger, Monteil, Baud et Alby, soit pour arriver à Wagadougou, soit pour traiter avec le Naba, sont autant de preuves que les adversaires de notre influence en cette partie de la boucle du Niger sont nombreux et puissants. Quels sont ces adversaires ? À ce sujet, les témoignages sont nombreux et concluants. Ils résultent des déclarations faites par les nombreux prisonniers que nous avons eus en notre possession, et de l'étude même des faits. En ce qui concerne le Mossi, nos adversaires sont les Nabas, les marabouts et les marchands. Les Nabas, c'est-à-dire les Chefs importants, ne sont peut-être pas nos adversaires par principe, mais les marabouts et les marchands très influents auprès d'eux, ont réussi à les convaincre que s'allier avec nous n'est pas leur intérêt : "accepter les blancs, leur ont-ils dit, c'est abdiquer toute autorité en leurs mains ; les blancs prendront nos femmes et les donneront à ceux qui n'en ont pas" (textuel) - (la plupart des Nabas importants au Mossi, ont de cent à deux cents femmes). "Vous ne pourrez plus disposer de vos sujets à vos fantaisies : les blancs mettent tous Les captifs en liberté ; d'ailleurs pourquoi vous soumettre ? Les blancs ne font que passer et ne s'établiront jamais au Mossi !"
Tous ces arguments nous ont été répétés à satiété; ce sont comme autant d'articles de foi. C'est d'ailleurs une opinion courante dans le pays, que nous y venons avec le propos délibéré de changer l'ordre de choses établi. Tout cela, du reste, est implicitement contenu dans la réponse que le Naba de Wagadougou fit à l'envoyé que Monsieur le Commandant Destenave lui adressa en mai 1895 pour obtenir l'autorisation d'aller dans sa capitale : "Ton chef, dis-tu, vient pour organiser le pays, mais je trouve que mon pays marche très bien et qu'il n'a nul besoin d'organisation. Tu me dis encore que ton chef me donnera de l'argent, de beaux cadeaux, etc...mais tout cela, je le possède, et je n'ai qu'à m'adresser à mes marchands pour obtenir tout ce qui me fait plaisir. Donc, va-t-en ! Estimes-toi heureux que je ne te fasse pas couper la tête ; mais n'y reviens plus."
Quant aux marabouts, la plupart de race marka, ils craignent naturellement de perdre l'influence considérable dont ils jouissent auprès des Nabas. Ces marabouts s'efforcent d'ailleurs de convertir à l'islamisme, sinon les nabas actuels, du moins leurs enfants. C'est un fait que nous avons pu constater presque dans tous les grands centres.
Les marchands, qu'ils soient dioulas, ouangarbés, dagarabés ou haoussas, nous sont tous hostiles. Le triomphe de notre influence leur apparaît comme la fin de leurs fructueuses opérations. Bien que nous représentions la paix, la sécurité, la sûreté des routes, la facilité des communications, rien ne pourra prévaloir contre cette idée qu'en nous acceptant, ils acceptent du même coup la suppression des captifs, principale branche de commerce dans ce pays neuf et autour de laquelle tout gravite. Là est le noeud de la question ; la raison de leur haine à notre égard ; des efforts qu'ils font pour nous nuire ; le motif enfin, qui les pousse à soutenir Samory, à exalter sa puissance partout où ils passent, à le grandir aux yeux des populations ignorantes qu'ils traversent, en même temps qu'ils essaient de nous diminuer et qu'ils refusent de nous donner aucun renseignement.
Au Mossi, nos ennemis naturels sont encore tous les Korsiguis, eunuques, tous les familiers, toute la multitude enfin des parasites qui constituent l'entourage des nabas et qui ont tout à perdre à un changement quelconque. Quant à la masse des populations, elle est parfaitement en main et si le pouvoir central (je veux parler de l'autorité du naba de Wagadougou relativement aux nabas ses vassaux) est peu puissant, chaque naba, au contraire, en ses propres états, est parfaitement obéi. Il n'est pas un chef qui ose nous recevoir si son naba le lui a défendu. Celui qui se permettrait une semblable liberté, nous a-t-on dit encore, aurait la tête coupée dès que nous aurions le dos tourné.
Comme conclusion, il convient de dire que nous ne serons acceptés au Mossi que le jour où nous y ferons œuvre d'établissement définitif et seulement alors. Hors de là, il n'y a rien à faire à ce point de vue. Cet établissement devra s'effectuer dans un avenir aussi prochain que possible et cela, pour les raisons suivantes :
1 — Il est à prévoir que la Naba de Wagadougou ainsi que les autres nabas du Mossi, convaincus désormais de l'impossibilité de résister avec leurs moyens actuels de défense, se procureront des fusils. Ils sont, en effet, revenus de cette grande confiance en leur force, confiance qui résultait naturellement de l'insuccès des diverses tentatives faites pour pénétrer chez eux, autrement que comme marchands ou voyageurs et qui leur faisaient considérer le Mossi comme un territoire en quelque sorte intangible.
Rien ne s'oppose, en effet, à ce que le Naba de Wagadougou ne soit pourvu en quelques mois d'un millier de fusils, si l'on songe qu'à Salaga on échange un captif contre deux fusils.
2 — Nul ne peut dire que Samory ne sachant plus où faire vivre ses troupes et ne pouvant nécessairement les cantonner en territoire anglais, ne se porte vers le fertile et riche pays du Mossi qui est pour lui, une proie si facile.
3 — Qui peut affirmer que les Anglais eux-mêmes ne pousseront pas Samory à la conquête de ces régions dans le but de conclure plus tard un traité de protectorat avec l'Almamy devenu maître du Mossi ?
4- Les Anglais n'ont pas progressé vers le Nord en raison de l'hivernage ; il est à prévoir que maintenant ils ne vont pas rester inactifs. Jusqu'à présent, ils se sont sans doute exagéré les difficultés à vaincre. Maintenant qu'ils savent à quoi s'en tenir, il n'en est plus de même, et on peut affirmer qu'ils ne se décideront pas à occuper Wagadougou, sachant que nous ne l'avons pas fait. Dans ce dernier cas, le Département se trouverait dans une situation fort difficile. Les Anglais, invoquant les traditions et le droit historique, pourraient en effet, réclamer le Yatenga qui dépend d'ailleurs de Wagadougou au même titre que Lalé ou Boussouma, le traité avec Bakaré ne serait plus que lettre morte. Bakaré est un Kouda, c'est-à-dire de la famille du Naba de Wagadougou. Tout le monde ici, le dit et le sait :”Tous les Mossi dépendent de Wagadougcu". La thèse concernant les territoires qui dépendent les uns des autres, si employée par les Anglais, acquiert dans le cas particulier, une valeur incontestable.
5 - Enfin, les droits que nous confèrent les missions françaises antérieures, missions qui n'ont ni conquis le pays, ni obtenu de traité, ces droits, au point de vue diplomatique, ne sont malheureusement pas supérieurs à ceux qui peuvent résulter des traités de commerce et d'amitié tels que les traités Fergusson, si malhonnêtes qu'aient été les procédés employés pour les obtenir.
Ainsi, le Mossi et toutes ses dépendances sont bien à nous par droit de conquête, mais ce droit doit être confirmé par une occupation effective. Et ce sera seulement alors que nous serons à couvert vis-à-vis des revendications étrangères et que nous serons certains enfin de recueillir le fruit des efforts considérables qui, depuis 1889, ont eu pour but notre pénétration au Mossi.
Au Mossi, c'est Wagadougou qu'il faut occuper dès l'abord et cela, pour les diverses raisons énumérées dans ma lettre n°3. La garnison doit être puissante et doit comprendre deux ou trois compagnies à deux cents hommes ; un peloton de cavalerie et une section d'artillerie de montagne: Cette garnison, en effet, doit être à même de pouvoir, à un moment donné et sans s'affaiblir outre mesure, détacher trois cents hommes pour effectuer une opération quelconque.
Le deuxième point à occuper est Wahigouya et cela pour assurer les communications avec Wagadougou, l'ordre et la tranquillité au Yatenga, au pays des Samos et dans le pays de Ouidi. Une compagnie d'infanterie à deux cents hommes, un peloton de cavalerie et une pièce de montagne pourraient constituer cette garnison.
Wahigouya est à 160 kilomètres de Bandiagara et Wagadougou, par la voie la plus directe, à 170 kilomètres de Wahigouya.
Par Wagadougou, on tient tout le Mossi, le Gourounsi, le pays de Dori, les régions de l'Est jusqu'à Gourma, enfin, c'est un poste d'observation excellent pour surveiller la marche des Anglais ou des Allemands, ainsi que celle de Samory dans la boucle du Niger.
Par l'occupation de Wahigouya et seulement ainsi, on mettra enfin un terme aux agitations continuelles, aux révoltes aussi qui, à chaque instant, peuvent éclater et qui éclateront inévitablement sans cela, peut-être au Guilgodi, assurément au pays des Samos, c'est-à-dire, dans le commandement d'Ousman Oumarou et de Ouidi.
Ces garnisons seront d'ailleurs peu onéreuses ; elles vivront sur le pays sans tarir ses ressources, car il est riche et sa population est dense. Avec le produit des Oussourous considérables, car les centres commerciaux sont importants et nombreux, on couvrira les autres frais résultant de l'occupation. Au Mossi, au Yatenga surtout, les ressources en chevaux sont inépuisables. Dès les premières soumissions, il sera facile d'obtenir, sans dépense, tous les chevaux nécessaires au personnel et à la câvalerie. Enfin, toutes ces régions nourrissent de nombreux troupeaux de boeufs : de ce côté là non plus, aucune dépense.
Mais il est de mon devoir de dire que si nous n'occupons pas le pays, l'effet produit sera déplorable. Tous les efforts, tout ce que nous avons fait, tout ce qui a été fait avant nous, tout cela sera perdu. Votre retraite et l'absence d'établissement définitif en ce pays seront considérés comme autant de preuves de notre impuissance à faire oeuvre durable, enfin, ce sera véritablement le triomphe de nos ennemis, de ceux qui disaient partout aux populations: "Pas de soumission, les Français ne ne font que passer”
Mais il y a plus, ce sera la révolte au pays de Ouidi et chez les Samos ; des agitations sans cesse renaissantes au Guilgodi : ce sera l'influence que nous avons acquise au Liptako par les traités de Monsieur le Colonel Monteil et de Monsieur le Commandant Destenave gravement compromise ; ce sera le Mossi fermé à jamais et peut-être aux mains des Anglais ou au pouvoir de Samory qui en fera un désert : ce sera enfin le Gourounsi isolé et passant en d'autres mains.
La mission a parcouru actuellement quinze cents kilomètres environ, dont plus de quatorze cents kilomètres d' itinéraires nouveaux. Ces itinéraires relevés à la boussole Peigné ont été soigneusement recueillis lis et conservés sur un registre spécial. Les voies les plus importantes ont été obtenues au moyen de renseignements et se relient à l'itinéraire levé à la boussole.
Nos pertes, au cours de ces trois mois d'opérations sont insignifiantes : deux tués (auxiliaires) et dix-sept blessés indigènes.
Les Européens se portent bien.
Dès que la mission sera réapprovisionnée et à moins d'ordres contraires, nous continuerons l'installation à peine ébauchée de Bakaré.
J'aurai l'honneur, mon Colonel, de vous adresser sous peu un mémoire de propositions pour Monsieur le Lieutenant Chanoine porté pour le grade de Capitaine, et les sergents Laury et le Jariel pour la médaille militaire. »



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